En couple, chacun porte une charge que l'autre ne voit pas

Parents d'un enfant malade : la charge mentale ne se voit pas toujours. Comprenez pourquoi chacun porte la sienne, et comment alléger ensemble.

En couple, chacun porte une charge que l'autre ne voit pas

J'aurais aimé savoir que mon conjoint et moi portions chacun une charge que l'autre ne voyait qu'en partie, et que porter autrement n'est pas porter moins.

Entre les rendez-vous, les traitements, les visites à la pharmacie, le travail, la maison et le reste de la famille, une question s'installe dans bien des couples, parfois sans jamais être dite à voix haute : qui porte le plus? On y pense en regardant l'autre s'asseoir enfin à la fin de la journée, ou en voyant son propre agenda se remplir d'appels et de suivis. Cela peut arriver dès que la santé de votre enfant prend de la place et que le quotidien se réorganise autour d'elle. Dans bien des couples, les deux portent beaucoup, mais pas la même chose, et pas de façon visible pour l'autre.

La charge qu'on voit et celle qu'on ne voit pas

Certaines responsabilités se voient : aller au rendez-vous, donner le traitement, passer à la pharmacie (chez nous, plusieurs fois par mois, au point que le pharmacien nous connaissait bien), s'occuper des autres enfants, rattraper le travail en retard. D'autres se passent dans la tête et ne laissent presque aucune trace : se rappeler quel suivi planifier et quelle question poser au prochain rendez-vous, surveiller l'évolution de l'enfant, chercher les bonnes ressources, anticiper la suite, se demander comment payer tout cela. C'est ce qu'on appelle la charge mentale, et c'est elle qui peut peser le plus lourd, justement parce que personne ne la voit de l'extérieur. Il arrive qu'un seul partenaire en porte la plus grande partie, par choix, par habitude ou parce que les équipes soignantes se tournent naturellement vers lui ou elle. L'autre voit alors ce qui se fait, mais pas tout ce que cela demande.

Chacun voit sa charge de près, et celle de l'autre de loin

Voilà où le piège se referme. Chacun connaît dans les moindres détails ce qu'il porte, et ne voit celle de l'autre que de l'extérieur. Celui ou celle qui est en première ligne peut avoir l'impression de tout tenir seul, pendant que l'autre, qui assure la logistique, l'emploi et la stabilité du quotidien, peut se sentir moins utile, moins compétent, ou jugé sur ce qu'il ou elle ne sait pas. Aucun des deux n'a tort, et pourtant chacun finit par comparer en silence, avec des mesures différentes. S'y ajoutent des émotions qu'on dit rarement : la culpabilité de demander de l'aide, l'irritation d'avoir à justifier sa demande, la peur d'être de trop.

Cela ne veut pas dire que la charge est toujours équitable : il arrive qu'elle soit réellement déséquilibrée, et cela mérite d'être nommé. Mais avant de la nommer, il vaut la peine de regarder aussi ce qu'on ne voit pas.

Ce que j'ai vécu

Pour mon fils, c'était moi qui allais aux rendez-vous. Les équipes médicales l'ont préféré ainsi, et mon conjoint était le premier à le reconnaître : il maîtrisait moins le dossier, n'ayant pas été présent aux autres rencontres. De mon côté, j'étais travailleuse autonome : chaque rendez-vous voulait dire de la pression sur mon horaire et des revenus en moins. Mon conjoint restait disponible pour me remplacer quand je ne pouvais pas y aller, et dès qu'il le pouvait, il acceptait. Pourtant, je me sentais coupable de lui demander de s'absenter, surtout au début, alors que son emploi était plus fragile, et je sentais le besoin de justifier mes demandes, ce qui m'agaçait. Avec le recul, je vois que ce besoin venait surtout de ma propre culpabilité : celle que nous ayons à vivre tout cela, et la crainte d'en demander trop. Je portais l'information, la coordination et la pression sur mon horaire; il portait la logistique et le poids d'un emploi alors plus fragile. Nous portions autrement. Pas moins.

Un poids qui n'est pas figé

La bonne nouvelle, c'est que cette charge n'est pas une fatalité. Elle varie selon les périodes : elle peut être plus lourde au moment du diagnostic, quand tout est à apprendre et à organiser, et elle peut s'alléger quand les repères s'installent, quand les rôles sont mieux compris ou quand quelqu'un prend le relais pour un temps. Elle peut aussi se déplacer d'un partenaire à l'autre selon les saisons de la vie. Et il arrive que le simple fait de voir ce que l'autre porte en allège déjà une partie, parce qu'on cesse de se sentir seul avec son propre poids. Rien de cela ne se fait du jour au lendemain, mais ce n'est pas un poids que vous êtes condamnés à porter de la même façon pour toujours.

Une question à vous poser

Cette semaine, prenez un moment pour vous demander, sans reproche : qu'est-ce que mon partenaire porte que je ne vois peut-être pas? Et ensuite : qu'est-ce que je porte, moi, que lui ou elle ne voit peut-être pas? La première question change déjà le regard sur l'autre. La seconde, partagée au bon moment, est une façon d'inviter plutôt que de reprocher.

Et ensuite?

Voir la charge de l'autre est un premier pas. Mais comment la dire sans que ça sonne comme un reproche? Comment demander de l'aide sans culpabilité? Comment réajuster le partage quand les périodes changent?

Si cette question de la charge vous parle, le Passage à deux : Quand un enfant est malade peut vous accompagner. Les modules sont indépendants : vous choisissez le thème qui vous interpelle, et vous le suivez à votre rythme, ensemble ou séparément. Chacun propose un contenu pour comprendre ce qui se joue dans votre couple, une activité pour observer concrètement votre façon de fonctionner à deux, un retour guidé pour faire des liens avec votre réalité, puis un exercice à réaliser ensemble pendant la semaine, dans votre quotidien. Pas de discours culpabilisant, seulement des repères pour partager le poids autrement.

Découvrir le parcours

Pour poursuivre la série : En couple, nommer sa peur change déjà quelque chose

Mon expertise est la mienne, ma plume est assistée. Découvrez comment je crée mes contenus.

Ces contenus ont une valeur informative et ne remplacent pas une consultation professionnelle.

Prêt à faire un changement ?

Vos relations méritent le meilleur de vous-même.