En couple, nommer sa peur change déjà quelque chose

Parents d'un enfant malade : peur, culpabilité, fatigue. Découvrez pourquoi nommer ce que vous ressentez, même sans solution, soutient déjà votre couple.

En couple, nommer sa peur change déjà quelque chose

J'aurais aimé savoir que nommer sa peur change déjà quelque chose, même quand on n'a aucune solution à offrir. Parler de ce qu'on ressent n'a pas pour but de régler le problème : cela a pour effet de ne plus le porter seul.

Quand la santé de votre enfant est en jeu, les émotions se présentent d'elles-mêmes, et rarement une à la fois. De la peur, bien sûr, mais aussi de la tristesse, de la colère, de la culpabilité, parfois de la honte sans trop savoir pourquoi, et beaucoup de fatigue. Il peut arriver qu'on traverse tout cela à côté de la personne qu'on aime le plus sans trop savoir si elle ressent la même chose, ni comment lui en parler, et qu'on se dise que parler ne servirait à rien puisque rien ne changera la situation.

Quand on garde tout à l'intérieur

Il y a de bonnes raisons de se taire. On ne veut pas inquiéter l'autre, qui a déjà beaucoup à porter. On n'a parfois même pas les mots : la peur se mêle à la culpabilité, la colère à la tristesse, et tout cela donne une fatigue difficile à expliquer. Il arrive aussi qu'on ait honte de ce qu'on ressent, comme si un bon parent devait être solide en tout temps. Chacun peut alors se dire que l'autre a déjà bien assez de son propre poids, et garder pour soi des peurs qui, partagées, auraient peut-être allégé les deux. Le résultat, c'est que chacun peut finir par porter ses émotions de son côté, et se sentir seul même quand on dort côte à côte. Et comme le vide appelle les interprétations, on peut en venir à conclure que l'autre ne ressent rien, ou qu'il faut à tout prix le protéger, deux conclusions qui ne sont pas toujours justes.

Nommer, ce n'est pas régler

Dire ce qu'on ressent ne fait pas disparaître la maladie, ni l'incertitude, ni la fatigue. Mais cela change quelque chose d'essentiel : on cesse d'être seul avec ce qu'on porte. On peut découvrir que ce qui nous semblait honteux ou démesuré est en fait très humain, et que l'autre le ressent peut-être aussi, à sa manière. Il arrive même que le simple fait d'entendre l'autre nommer sa peur donne la permission de nommer la sienne. Ce qui paraissait dramatique peut devenir plus supportable parce que c'est dit, partagé et reçu. Votre partenaire n'a pas besoin de trouver la bonne réponse, et vous non plus : il suffit qu'il y ait quelqu'un pour entendre. Nommer ses émotions n'exige d'ailleurs ni grand discours ni vocabulaire précis. Quelques mots peuvent suffire, et la façon de le faire n'a pas à être la même pour les deux.

Ce que j'ai vécu

Au début de notre relation, je me suis souvent sentie incomprise et peu épaulée. Mon conjoint parle peu de ses émotions et prend du recul quand la pression monte, et à l'époque, j'interprétais mal ce comportement. Plus jeune, quand mon premier enfant a eu des difficultés, j'ai gardé ma peur pour moi et je me suis sentie seule avec elle. Avec notre dernier enfant, les choses se sont passées autrement. Nous avons parlé de ce que nous vivions, chacun à notre façon : moi avec beaucoup de mots, lui avec moins. Je n'avais plus besoin de chercher à comprendre ses réactions, parce que je ne les voyais plus comme un problème, et nous avons formé une bonne équipe. Dans ma pratique, la combinaison d'une personne qui parle beaucoup et d'une qui parle peu est la plus courante chez les couples : on peut être très différents et pourtant se rejoindre. Avec le recul, je vois que nommer ce qu'on vit, même à sa façon, a fait une vraie différence.

Une question à vous poser

Prenez un moment pour vous demander : qu'est-ce que je n'ai pas encore dit, parce que je me disais que ça ne servirait à rien? Répondez d'abord pour vous-même, sans pression. Puis demandez-vous ce que votre partenaire garde peut-être pour lui ou elle, pour les mêmes raisons. Vous n'avez pas à tout dire ce soir; il suffit de reconnaître qu'il y a quelque chose à dire, et que cela compte. Et si le poids devient trop lourd, n'hésitez pas à en parler à un ou une professionnelle : demander du soutien fait partie de prendre soin de votre famille.

Et ensuite?

Nommer ce qu'on ressent est un début. Mais comment le faire quand on n'a pas les mêmes mots? Comment accueillir la peur de l'autre sans chercher à la faire disparaître? Comment parler de ce qui fait mal sans que ça tourne en dispute?

Le Passage à deux : Quand un enfant est malade offre un cadre pour mettre des mots sur ce que vous ressentez, à votre façon et à votre rythme. Chaque module, que vous pouvez suivre indépendamment des autres, s'ouvre sur un contenu en vidéo ou en audio qui explique ce qui se passe en vous et entre vous. Il se poursuit avec une activité pour en faire l'expérience, puis avec un retour guidé pour réfléchir à ce que vous avez remarqué, et se termine par un exercice simple à réaliser ensemble pendant la semaine. Vous pouvez avancer chacun de votre côté ou à deux, sans pression.

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Pour poursuivre la série : En couple, bien s'organiser ne suffit pas à rester proches

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