Parents d'un enfant malade : face à l'incertitude, chaque partenaire réagit à sa façon. Comprenez pourquoi ces différences ne sont pas un problème.

J'aurais aimé savoir que la réaction de mon conjoint face à l'incertitude ne mesurait ni son niveau d'inquiétude, ni l'amour qu'il me portait : elle révélait surtout sa façon de se protéger.
Quand la santé de votre enfant devient incertaine, il y a des nouvelles qui changent la route : un diagnostic, un retard qu'on remarque, un « on ne sait pas encore ». Dans les jours qui suivent, une autre surprise s'invite parfois entre vous et la personne qui partage votre vie : vous ne réagissez pas du tout de la même façon. L'un parle sans arrêt, l'autre se tait; l'un cherche et planifie, l'autre fait comme si de rien n'était. On se demande alors si l'autre vit vraiment la même chose, et très vite, on se met à interpréter. Pas besoin d'être en crise pour que cela arrive : de petites remarques, un regard, un silence de trop, que le stress amplifie, suffisent parfois.
L'incertitude est l'un des plus puissants facteurs de stress qui existent. Pas de contrôle, pas de réponse claire, pas de date de fin : rien de ce qui rassure habituellement n'est disponible. Devant ce genre de menace, notre cerveau réagit avant même que nous ayons le temps de réfléchir. Votre première réaction est donc un automatisme, pas une décision, et celle de votre partenaire l'est tout autant.
Dans ma pratique avec les couples, j'utilise deux mots pour décrire ces automatismes : le maximiseur et le minimiseur, des concepts issus des travaux de Hendrix et Hunt. Le maximiseur se mobilise : s'informer, chercher des solutions, agir, tout cela redonne un peu de contrôle. Le minimiseur se replie : ralentir, se taire, laisser les professionnels faire, cela empêche d'être submergé. Personne n'a choisi sa façon de réagir, et aucune n'est meilleure qu'une autre : ce sont deux manières de se sécuriser.
Le problème, c'est que nous jugeons presque toujours la réaction de l'autre à travers la nôtre, et chez les parents d'un enfant malade, ce réflexe peut être amplifié par la fatigue et l'inquiétude. Quand on se mobilise, on voit le silence de l'autre et on conclut qu'il ou elle s'en fiche, qu'il ou elle fuit ses responsabilités. Quand on se replie, on voit l'intensité de l'autre et on se sent envahi, jugé, convaincu qu'on exagère. Chacun y lit un manque d'amour ou de lucidité, alors qu'il s'agit d'une façon de gérer la peur. Et plus la tension monte, plus chacun s'accroche à son automatisme, le seul qu'il connaisse pour retrouver un peu de calme, ce qui éloigne encore davantage l'autre. C'est ainsi que deux personnes qui s'aiment et qui font de leur mieux se retrouvent à s'irriter sur le « comment », puis à s'éloigner petit à petit, alors qu'elles sont inquiètes pour la même raison.
J'en sais quelque chose. Quand j'ai appris que mon premier enfant se développait différemment des autres, je n'en ai pas parlé avec mon conjoint, convaincue que ça ne changerait rien. Lui faisait comme si de rien n'était, et son stress ne ressortait que lorsque j'abordais l'idée d'avoir d'autres enfants : il se fermait, et ça tournait en chicane. Avec le recul, je vois ce qu'on ne voyait pas à l'époque : derrière le « comme si de rien n'était », ce n'était pas de l'indifférence, c'était de la peur, des deux côtés, que chacun portait en silence à sa façon. Nous n'avions aucun coupable à trouver, seulement deux personnes inquiètes qui ne savaient pas comment se rejoindre.
La prochaine fois que vous serez tenté de conclure que votre partenaire s'en fiche ou panique pour rien, essayez de vous poser cette question : et si sa réaction était sa façon de se protéger, plutôt qu'une façon de me laisser tomber? Vous n'avez pas à approuver sa manière de faire, ni à renoncer à la vôtre. Il suffit d'ouvrir la possibilité qu'il y ait, derrière, un besoin : de sécurité, de contrôle, de souffler, de se sentir utile. Cette simple hésitation avant de réagir peut désamorcer bien des tensions.
La question vaut aussi dans l'autre sens : votre partenaire a peut-être lu votre intensité, ou votre silence, comme un reproche, alors que c'était votre façon de vous protéger. Vous pouvez même la partager avec lui ou elle : la poser à deux peut changer le ton d'une conversation.
« Je mets mes yeux à la place des tiens, tu mets tes yeux à la place des miens, et là seulement, il y a une vraie rencontre. » C'est simple à dire. Mais quand on a peur, qu'on est épuisé et que l'autre réagit à l'opposé de nous, c'est une tout autre histoire. Comment parler de ses peurs sans que ça tourne en chicane? Comment se soutenir chacun à sa façon, sans être pareils? Comment rester une équipe quand l'un s'essouffle?
Le Passage à deux : Quand un enfant est malade a été pensé pour ces moments où l'on a l'impression de ne plus se comprendre. Il se compose de modules indépendants, à suivre à votre rythme, ensemble ou chacun de votre côté. Chaque module vous aide d'abord à comprendre ce qui se joue entre vous grâce à un contenu en vidéo ou en audio, puis à l'observer en action avec une activité, à faire des liens avec votre propre façon de réagir et, enfin, à essayer quelque chose de concret à deux pendant la semaine. Sans reproche ni recette toute faite, l'objectif est de mieux vous comprendre et de rester une équipe, même quand l'incertitude s'invite.
Pour poursuivre la série : En couple, chacun porte une charge que l'autre ne voit pas
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